Témoignage et témoigner : action, mode et usage du témoignage en sciences sociales

Transversales : Journée d’étude doctorale du LIR3S

Organisation : Kevin Bartz et Sarah Theodon (LIR3S UR 7366 UBE)

[Version pdf de l’appel à communications]

   

Argumentaire

C’est peu dire qu’aujourd’hui témoigner, se dire et rendre compte de son expérience vécue tendent à devenir des impératifs sociaux. Si le témoignage semble désormais participer de la construction de l’individualité, il constitue également une source, un objet d’étude à part entière. (Wieviorka, 1998)

Cette journée d’étude Transversales du LIR3S entend proposer une approche pluridisciplinaire du témoignage, envisagé sous différents aspects. En effet le témoignage-objet possède un parcours de vie, de sa production à son usage, qui offre autant d’entrées dans son analyse : qui témoigne ? Pourquoi dire et que taire ? Quels sont les modalités du témoignage, ses outils, leurs limites ? Enfin, comment le témoignage devient-il un outil en lui-même, à la fois politique, social, culturel, médiatique, mémoriel ou encore artistique ?

Elle s’organisera sous trois axes de réflexion :

Rendre compte du réel à partir d’un vécu, c’est produire un discours sur le Vrai (Lorega, Revel, 2022). Se dire et témoigner, c’est nouer un pacte autobiographique avec celles et ceux qui le reçoivent. Le témoin s’engageant à rendre compte le plus fidèlement possible d’un évènement, d’un parcours, d’une expérience. En échange les récepteurs acceptent de retenir leur jugement, d’aborder ce témoignage de façon loyale et juste (Lejeune, 1975). Or ces prémices interrogent la production même du témoignage : voir est-il savoir ? Vivre est-il comprendre ? La mémoire, loin d’être infaillible, crée un discours sur le vécu parfois peu conscient des cadres qui entourent l’expérience. Qu’il soit verbal, écrit, peint, montré, l’acte testimonial interroge donc par sa nature même.

De cette existence première du témoin découle ainsi les enjeux liés aux formes du témoignage : comment témoigne-t-on ? Pourquoi choisir telle forme plutôt qu’une autre ? Dire n’est pas écrire, ne serait-ce que dans la relation au temps de la production du témoignage. Avec l’émergence des NTIC s’ajoute l’enjeu de l’image du témoin associé à son discours : doit-il se montrer ? Doit-il nécessairement se désanonymiser pour rendre audible son témoignage ? De plus, la question des moyens pose des enjeux méthodologiques à qui veut analyser ces témoignages : comprendre et construire un discours scientifique à partir d’un texte, d’une image fixe, d’une œuvre artistique, d’une archive orale ou d’une œuvre animée ne relève pas des mêmes opérations. Comment le chercheur, face à ce témoignage-objet, construit-il un discours à partir des réalités retranscrites (Olivier de Sardan, 2008) ?

Enfin, une fois produit et diffusé, le témoignage peut devenir un outil pour ceux qui le reçoivent. Outil mémoriel, il rend compte et fait exister au présent un passé que l’on souhaite maintenir vivant. Or, la mémoire n’est pas l’histoire, et la première recoupe des enjeux politiques et sociaux : le témoin, dans son rapport ontologique au Vrai, devient alors l’outil d’un discours, voire d’une propagande en servant de gage de qualité et de vérité (Abreu, Alzira Seixo, 1998). Comment les récepteurs se saisissent-ils alors des expériences racontées ? Quels usages en font-ils et pourquoi ? Ces questions permettent d’interroger le témoignage à la fois comme source et comme objet d’étude pour le chercheur, mais également d’ouvrir une réflexion sur le rôle du témoin et de rapport à la vérité dans le construit social de nos expériences vécues (Wieviorka, 1998).

Modalités de soumission

Les propositions, d’environ une page (bibliographie comprise), doivent être envoyées avant le 30 septembre 2026 aux adresses suivantes : Kevin.Bartz@u-bourgogne.fr ; Sarah.Theodon@u-bourgogne.fr

Références bibliographiques

  • Wieviorka A. L’ère du témoin, Paris, Plon, 1998.
  • Lorega S. et Revel J., Une histoire inquiète. Les historiens et le tournant linguistique, Paris, Seuil/EHESS, 2022.
  • Lejeune Ph., Le Pacte autobiographique, Paris, Seuil, 1975.
  • Abreu G. et Alzira Seixo M, Les Récits de voyages. Typologie, historicité, Lisbonne, Cosmos, 1998.
  • Olivier de Sardan J.-P., La rigueur du qualitatif. Les contraintes empiriques de l’interprétation socio-anthropologique, Louvain-La-Neuve, Academia-Bruylant, 2008.

 

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