Images et imaginaires : productions, circulations, réceptions [journée 2]

Représenter l’autre, se représenter soi

 

Transversales : Journée d’étude doctorale du LIR3S

Organisation : Zoé Marreiros, Lucas Cordier, Timothée Dhotel (LIR3S UR 7366 UBE)

[Cette journée fait suite à la manifestation du 16/12/2025, Images et imaginaires : productions, circulations, réceptions (journée 1)]

[Manifestation validée dans le cadre des formations reconnues par l’ED SEPT]

Contact : Timothée Dhotel ; Lucas Cordier ; Zoé Marreiros

Entrée libre, sans inscription et gratuite,
dans la limite des places disponibles

 

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Présentation

Cette journée d’étude vise à interroger les relations entre les images et les imaginaires, au croisement de l’individu et des sociétés. L’image en tant qu’objet et l’imaginaire en tant que système se conjuguent. Leur caractère performatif, façonnant des « imaginaires sociaux », est indéniable. À la suite des féconds renouvellements épistémologiques de ces dernières décennies, cette journée d’étude veut envisager la production de ces images et de ces imaginaires au sein des cadres sociaux, économiques, politiques, culturels, environnementaux, philosophiques, artistiques et psychologiques qui les ont façonnés.

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L’approche, résolument interdisciplinaire, suit les questionnements iconologiques qui irriguent les sciences humaines et sociales, chaque discipline ayant entrepris d’y appliquer ses outils, ses méthodes et ses grilles d’analyse. Les réflexions de Walter Benjamin sur les rapports entre l’œuvre d’art et ses reproductions, les trois niveaux de lecture iconographique énoncés par Erwin Panofsky, l’approche sémiologique de Roland Barthes lorsque celui-ci interroge « comment le sens vient-il à l’image ? », ou encore les travaux de Patrick Boucheron sur “la force politique des images, confirment que philosophes, historien.nes de l’art, sémiologues et historien.nes se sont saisi.es du chantier qu’est la conceptualisation de l’objet « image ».

Considérées dans leur dimension formelle, les images s’analysent suivant des critères normatifs (composition, cadrage, gamme chromatique, etc.), elles s’alignent ou rompent avec les codes esthétiques de leur temps, on y appose volontiers un jugement de goût, oscillant entre « le “je vais vous dire ce que j’en pense”, puis le “j’en pense ce que je veux, j’y vois ce que j’y vois” » (A. Farge). Néanmoins, cette première analyse, bien que primordiale, ne saurait épuiser une plus large compréhension de leurs usages culturels et de leurs fonctions sociales, en ce qu’elles participent au premier chef de la « fabrique visuelle de[s] société[s] » (G. Bartholeyns). Les chercheur•ses du champ des visual studies invitent à penser et regarder les images en considérant leurs inscriptions au sein de plus vastes dispositifs sociaux. 

Il est donc souhaitable de prolonger la réflexion autour de ce que Manuel Charpy qualifie de « vie sociale des images » en considérant le dialogue constant entretenu avec la notion d’imaginaire. Si l’imagination est la création d’images par l’esprit, l’imaginaire est un lieu intimement connecté au réel. C’est « un système cohérent, dynamique, de représentations du monde social, une sorte de répertoire des figures et des identités collectives dont se dote chaque société à des moments donnés de son histoire » (D. Kalifa). Plus qu’un reflet du social, les imaginaires sociaux le produisent et « l’instituent » (C. Castoriadis). Ils « donnent du sens » et sont le cadre d’une orientation collective à l’ensemble des pratiques sociales et aux significations qui leur sont associées (C. Taylor). Ces supports sensibles véhiculent quantités d’images de soi, de la communauté, mais aussi de l’autre, fantasmé (E. Saïd) ou stigmatisé (F. Dhume-Sonzogni). Dès lors, les images apparaissent comme le terreau et le réseau des imaginaires sociaux, elles ne naissent pas ex nihilo, puisant toujours dans une “réserve iconique” antérieure (H. Belting). Inversement, les imaginaires sociaux influent sur le chemin emprunté par les images, de leur production à leur réception. 

La dimension performative des images et des imaginaires qu’elles drainent a été démontrée à plusieurs égards, que ce soit dans l’essor du nationalisme (B. Anderson), dans la pratique du massacre (J. Sémelin), dans les choix énergétiques (A. Beltran et P. Carré), dans l’approche du corps (M. Sami-Ali), ou encore dans la production de paysages (A. Corbin) et d’espaces (B. Debarbieux). Suivant cette approche, c’est en remontant la chaîne du « processus de représentation » (J.-C. Schmitt), donc en analysant les conditions de productions, de circulations et de réceptions des images que l’on peut prétendre à une compréhension des imaginaires sociaux dont se dote une société.

Les processus de production des images sont variés. On pourra s’intéresser aux conditions techniques et matérielles, aux relations socio-économiques et autres jeux de pouvoirs qui se logent dans le temps de la création. Mais aussi aux implications symboliques (la relation sacré/profane), aux exigences morales qui peuvent s’exprimer dans le temps de la conception et de la création d’images (censure) et surtout aux imaginaires et cadres mentaux véhiculés par les producteurs d’images, consciemment ou non.

Vient ensuite le temps des circulations, étape là aussi plurielle. Circulations favorisées, maximisées ou au contraire restreintes, empêchées. Si certaines images sont oubliées à mesure que le temps passant les met un peu plus à distance, d’autres connaissent des formes de vies souterraines et peuvent faire l’objet de résurgences, transposant et transformant des imaginaires d’un espace-temps à un autre.

Les formes de réception de ces images seront pertinentes à aborder, en insistant sur la formation des imaginaires sociaux qui peuvent en découler. Partant des formes classiquement étudiées de la réception critique d’une œuvre, l’on pourra également explorer ses déclinaisons dans le champ des pratiques que les images déclenchent chez leurs récepteurs, celles-ci pouvant passer par l’appropriation, l’attachement, voire des pratiques d’adoration – individuelles comme collectives – mais aussi les réactions de peur et de rejet qui se manifestent à leur égard (J. Goody). Ces pratiques traduisent en actes les croyances dans le pouvoir quasi-magique prêté aux images (B. Lahire), signe que l’image agit et fait agir (H. Bredekamp). Penser l’agentivité des images permet ainsi de mettre en évidence les pratiques que celles-ci suscitent ainsi que les fonctions psychologiques, sociales, politiques, culturelles ou économiques dont elles sont investies.

Les communications n’ont pas à se restreindre à des natures spécifiques de supports. Peintures, gravures, statues, livres illustrés, affiches, photographies, images mobiles (films de fiction et documentaire, actualités cinématographiques et émissions télévisées, cinéma d’animation), bande-dessinées, cartes postales, imagerie publicitaire ou encore pratiques de tatouages corporels, etc. Les réflexions sur les « images mentales », convoquant les méthodes de la psychologie, seront également les bienvenues. Autant d’objets d’études qui contribueront à mieux identifier des séries « d’idées-images » (B. Baczko), aux confluences des imaginaires sociaux qui irriguent une société.  

Programme

 [Version pdf du programme]

9h – Accueil des participant•es

 

  • 9h30 – Introduction – Vincent Chambarlhac (UBE, LIR3S)

 

  • Geoffrey Aigle (UBE, ArTeHis) : 
    Quand Éros désarme Ménélas : Hélène et les imaginaires du pouvoir féminin
     
  • Zoé Marreiros (UBE, LIR3S) : 
    Images et imaginaires de la criminalité juvénile dans la France de la Belle Époque : le cas du « crime de Jully » (Yonne, 1909-1910)
     
  • Claude Séguillon (UBE, LIR3S) :
    Léo Gutman, le premier Juif de « Bagatelles pour un massacre », ou Le métonyme de « l’Autre en soi »

 


  • Dorine Traon (UBE, LIR3S) :
    Photographier l’atelier d’artiste en Lorraine : document, mise en scène et image de soi
     
  • Vital Clévain Akiringo (UBE, LIR3S) :
    Réception des « arts primitifs », « arts nègres », « arts premiers », ou « art des origines », à l’épreuve du déterminisme idéologique colonial dans la France du XXe siècle : entre fascination et dévaluation
     
  • Zoé Pfister (UBE, LIR3S) :
    De l’expérientiel dans les cartes : comment sont cartographiés les espaces vécus ?

 

  • 16h – Conclusion – Claire Maingon (UBE, LIR3S)

 

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