Colloque international /International conference
Organisation : Claire Maingon, professeur en histoire de l’art contemporain, Université Bourgogne Europe, LIR3S UR 7366 UBE ; Maël Tauziède-Espariat, maître de conférences en histoire de l’art des Temps modernes, Université Paris-X Nanterre, HAR ; Thibault Boulvain, Assistant Professor en histoire de l’art, Centre d’Histoire (CHSP), Paris.
English version below
Le musée n’est pas seulement un lieu d’exposition : il est aussi un espace où se négocient sans cesse la visibilité et la valeur des œuvres. En suivant la thèse formulée par Walter M. Kendrick – selon laquelle l’isolement d’images jugées inmontrables a contribué, paradoxalement, à constituer la catégorie autonome de la pornographie –, ce colloque propose d’explorer le rôle du musée dans la construction et la reconfiguration des regards genrés portés sur les objets liés à la sexualité et/ou au désir (érotiques et pornographiques). Espace public où se croisent professionnels et publics, et où dialoguent des corpus d’époques et d’aires géographiques variées, le musée sera ici pris comme un poste d’observation privilégié.
Depuis la fondation du « Gabinetto Segreto » du Musée archéologique de Naples au début du XIXe siècle, plusieurs musées de l’Érotisme ont vu le jour, de façon pérenne ou éphémère (Amsterdam, Hambourg, Paris, New YorkCity, Mumbai…). Sans nécessairement se constituer autour d’une collection d’erotica, d’autres institutions muséales(publiques, privées, voire communautaires) ont aussi pu être confrontées à des œuvres érotiques à l’occasion d’expositions temporaires, d’acquisitions ou de classements. En Europe, mais aussi en Asie, en Afrique, en Océanie ou dans les Amériques, les musées ont alors élaboré des stratégies spécifiques de conservation, de monstration ou d’invisibilisation de ces représentations.
L’intérêt des sciences humaines et sociales pour ces questions s’est accru depuis une cinquantaine d’années,d’abord avec la publication de Studies in Erotic Art (1970) puis de Hard Core – Power, Pleasure, & the « Frenzy of theVisible » (1989, Linda Williams) plus spécifiquement consacré à la pornographie, et encore de Sex Museums. ThePolitics and Performance of Display (2016, Jennifer Tyburczy), avant de s’élargir aux gender & queer studies. Ces approches ont montré comment les musées participent à la reconnaissance – ou à l’exclusion – de certaines identités sexuelles et de genre, en particulier LGBTQIA+, dans les institutions publiques.Intégrant ces apports, ce colloque souhaite proposer une réflexion internationale, transculturelle et pluridisciplinaire sur la présencede l’érotisme dans les musées. Comment les institutions acquièrent-elles, classent-elles, exposent-elles ou censurent-elles ces œuvres – qu’il s’agisse d’objets, de peintures, de sculptures, de photographies, de performances, de vidéos ou d’arts numériques ? En particulier, quelle place tient l’auto-censure des conservateurs et conservatrices soucieux d’anticiper les réactions du public ou des tutelles ? Quelles médiations et quels dispositifs scénographiques ont été mis en place (cabinets secrets, caches, tiroirs, expositionsvirtuelles) ? Comment le corps et le regard des spectateurs et des spectatrices sont- ils engagés face à ces images ? Enfin, peut-on esquisser une histoire critique de leur réception en relation avec nos seuils de tolérance passés et actuels, en tenant compte des stratégies des artistes qui, souvent, déjouent ou troublent le musée ?
ENGLISH VERSION
Eros in the Museum
Acquiring, Exhibiting and Viewing Erotic Works of Art
The museum is not merely a site of display; it is also a space in which the visibility and the value of works of art areconstantly renegotiated. Following Walter M. Kendrick’s thesis – that images set aside because they were deemed unshowable paradoxically helped constitute pornography as an autonomous category – this conference seeks to explore the museum’s role in constructing and reconfiguring gendered ways of looking at objects connected withsexuality and/or desire (erotic and pornographic). As a public space where professionals and audiences meet, and where bodies of work from different periods and regions are brought into dialogue, the museum appears here as a privileged observation post.
Since the creation of the Gabinetto Segreto at the Naples Archaeological Museum in the early nineteenth century, several museums of eroticism – long-standing or short-lived – have emerged (Amsterdam, Hamburg, Paris, New York City, Mumbai…). Beyond institutions explicitly devoted to erotica, other public, private or community museums have confronted erotic works through temporary exhibitions, acquisitions or cataloguing decisions. In Europe, as well as in Asia, Africa, Oceania and the Americas, museums have devised specific strategies for conserving, exhibiting or making invisible such representations.
Over the last fifty years, interest in these questions within the humanities and social sciences has grown – fromStudies in Erotic Art (1970), through Linda Williams’s Hard Core: Power, Pleasure, and the “Frenzy of the Visible”(1989), to Jennifer Tyburczy’s Sex Museums: The Politics and Performance of Display (2016) – before broadeningtheir scope to gender and queer studies. These approaches have shown how museums contribute to the recognition – or exclusion – of certain sexual and gender identities, particularly LGBTQIA+, within public institutions.
Building on these insights, the conference seeks to open an international, transcultural and multidisciplinarydiscussion of eroticism in museums. How do institutions acquire, classify, exhibit or censor such works – whether objects, paintings, sculptures, photographs, performances, video or digital art? In particular, what role is played by curatorial self- censorship undertaken in anticipation of audience or governmental reactions? What forms of mediation and display have been implemented (secret cabinets, shutters and drawers, virtual exhibitions)? How are the viewer’s body and gaze engaged by these images? Finally, can we build a critical history of their reception in relation to past and present thresholds of tolerance, bearing in mind artists’ strategies which often unsettle or outwit the museum?