Journée d’études
Organisation : Valérie Dupont (LIR3S – UR 7366 UBE) et Servin Bergeret (École des Arts du Rhin – site de Mulhouse / LIR3S – UR 7366 UBE)
Entrée libre, sans inscription et gratuite,
dans la limite des places disponibles.
Le textile connaît depuis plusieurs décennies une réévaluation esthétique et critique. Les expositions françaises récentes (Olga de Amaral à la Fondation Cartier, Chiharu Shiota au Grand Palais) et leur succès public attestent la tendance. Des jeunes artistes renouvellent aujourd’hui l’art (du) textile (Chalisée Naamani et ses vêtements-images exposés en 2025 au Palais de Tokyo ; les tapis-paysages d’Alexandra Kehatoglou) ; ou l’inscrivent au sein d’une démarche où l’art se confond avec un mode de vie (Mathilde Besson, Alice Bidault, jeunes artistes tisserandes établies à la campagne en Bourgogne).
Dans les pratiques de l’art contemporain, le textile occupe une place singulière : il est héritier de savoirs faire anciens et ouvert à toutes les expérimentations formelles, il est support de mémoire, médium sensible, porteur de gestes collectifs, outil critique.
Longtemps relégués au domaine de l’artisanat et des arts dits mineurs, les textiles s’imposent désormais dans les espaces de l’art comme autant de gestes qui contestent les hiérarchies établies.
C’est cette tension – ou résistance – que la journée d’étude se propose de mettre en avant et d’interroger à travers trois registres :
Résistances politiques : le textile comme dénonciation politique (Cecilia Vicuña ; Arpilleras chiliennes ; quilts des Africaines-américaines…)
Résistances écologiques : le textile comme réparation ; recours à des matériaux recyclés comme alternatives à la production industrielle (Ernesto Neto ; Celia Pym ; Pia Camil…)
Résistances aux normes de genre : longtemps associés aux rôles féminins, les travaux d’aiguilles (broderie, couture, tricot) sont détournés et investis d’une signification critique qui interroge les assignations traditionnelles (Annette Messager, Ghada Amer…)
Qu’il s’agisse de la survivance des traditions textiles dans des pays d’Asie ou d’Amérique centrale et latine, de la réinvention de gestes artisanaux sur la scène occidentale, de la circulation de savoir-faire et de motifs dans un monde globalisé et connecté (usage du numérique dans le domaine du textile) le textile apparaît comme un langage qui conjugue héritage et subversion. Ainsi, la journée d’étude portera son attention sur le textile non seulement comme médium, mais comme mode(s) de présence(s) au monde, porteur de résistances discrètes ou visibles, individuelles ou collectives.
Programme
8h45 — Accueil des participants
- 9h30 – Karine Montabord (Docteure en Histoire de l’art. ATER en Histoire de l’art contemporain à l’université de Strasbourg | LIR3S UR 7366 UBE) :
Textiles d’avant-garde et abstraction. Sonia Delaunay-Terk, Sophie Taeuber-Arp, Anni Albers
- 10h – Augustin de Butler (Chercheur indépendant) :
Anne-Marie Milliot. Papiers armés
- 10h30 – Lucile Encrevé (Professeure à l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs, Paris) :
Le textile comme outil de subversion et d’interrogation de l’histoire de l’art. Une approche féministe
11h – Pause
- 11h20 – Géraldine Chouard-Véron (Professeure à l’université Paris-Dauphine, chercheuse à ECHELLES à l’université Paris Cité) :
Points de résistance : Patchwork et protestation aux États-Unis
- 11h50 – Christelle Sérée-Chaussinand (Maîtresse de conférences à l’université de Bourgogne-Europe/Dijon) :
Couture et suture autour de la figure de Marie-Madeleine. « The Map » d’Alice Maher et Rachel Fallon
- 14h – Ashley Coyne (Doctorante en Littérature anglophone à l’université d’Orléans) :
Tisser sa toile de résistance : les text(il)es des artistes jamaïcaines Ebony G. Patterson et Erna Brodber
- 14h30 – Ariane Serk (Doctorante à l’EHESS/INHA, Paris):
Le fil contre les formes : pratiques textiles et sociabilités féminines chez les artistes suédoises autour de 1900
- 15h – Isaline Audebert-Nouri (Doctorante à l’université de Rouen et à l’École du Louvre) :
Textiles en héritage : Les bannières du XIXe siècle à l’épreuve du regard contemporain
- 15h30 – Isabelle Marinone (Maîtresse de conférences à l’université Bourgogne Europe, LIR3S UR 7366 UBE) :
Textile et film : Tentative de filature analytique autour de deux engrenages résistants
- 16h – Alice Bidault (Artiste plasticienne, perma-api-cultrice, tisserande) :
Entretien avec Valérie Dupont